Sylvain Jouty, retour à la page d’accueil

 









Livres  >>  La mémoire panoramique, roman
Éditions Fayard, 2002, 310 pages, 18 €
Isbn  2-213-61312-5

 

Présentation
Presse
Extraits

Présentation

Quatrième de couverture

La mémoire panoramique S a chute n’avait duré que quelques secondes ; mais, pendant ce laps de temps infime, toute sa vie s’était déroulée, à l’envers, avec une extraordinaire précision. Qu’il soit venu en Engadine dans l’intention d’y mourir ; qu’il y ait miraculeusement réchappé d’une chute involontaire ; qu’il ait vu se dérouler sa vie et sa mort, comme un spectateur assiste à une pièce de théâtre ; et surtout, surtout ! que les épisodes ainsi revécus soient pour lui des souvenirs inconnus jusqu’alors, mais dont il sentait bien qu’ils étaient essentiels — voilà ce qui l’intriguait. Et il ne pouvait s’empêcher de trouver une ironie suprême à avoir pu se représenter sa mort au moment même où il avait imaginé qu’il ne lui restait plus qu’à mourir, et à avoir pu se réapproprier son existence au moment même où il pensait qu’elle se terminait.
« Il n’était plus question de littérature. C’est à résoudre ces questions qu’il devait désormais consacrer son temps.
« Ne pas écrire une histoire : réécrire l’Histoire. Et donc la géographie.

Presse

Le propre de l’homme

Sylvain Jouty nous avait déjà prouvé […] que la banalité n’était pas son fort. Si la montagne dont il est un praticien passionné a inspiré plusieurs de ses œuvres, c’est elle encore qui domine un récit tout en reliefs inopinés et où culminent les grandes interrogations sur le temps, le destin ou l’identité. […]
Le roman s’ouvre à une sorte d’épopée du monde, qui mène du suicide d’Empédocle à l’inadaptation de l’homme d’aujourd’hui (resté un indécrottable chasseur de bisons ) et au progrès qu’il sécrète avec arrogance. Il ne s’agit pas, Dieu merci, d’un cours d’histoire, mais d’une coupe transversale dans ce qui serait la vision globale du destin personnel de l’écrivain d’origine juive nommé Barouche, lié — mais par quel mystère ? — à celui de l’aventure humaine et à sa vérité profonde. Vision quasi-instantanée (panoramique, comme la mémoire qui l’a induite) et dont le récit, forcément tributaire du temps, prend l’allure d’un torrent qui emporte lieux, événements, personnages reliés entre eux par des fils occultes, et qui seraient chacun l’expression particulière d’un commun destin. […] Jouty donne ici toute la mesure d’une érudition multiforme, aussi peu scolaire que possible, fruit savoureux d’une curiosité personnelle, créative par les passerelles qu’elle hasarde et par l’attention portée aux correspondances, coïncidences et autres rapprochements signifiants ou passibles de l’être. On rafte ainsi, à la fois subjugué et étourdi […]
Et si tout cela n’était que littérature ? Si Barouche s’était, consciemment ou non, raconté des histoires ? C’est à ce tournant là que Sylvain Jouty nous attend avec une défense et illustration de la création littéraire et de la lecture, cette vraie mémoire panoramique de l’humanité.
Ghislain Cotton, Le Vif/L’Express, 30 août 2002.

Nietzsche, la montagne et la mort

Roman de la chute qui libère, de la pesanteur des sens transcendée par la grâce, La Mémoire panoramique est un formidable thriller philosophique d’où émergent les figures d’émouvants personnages.[…] Une prose baroque, une intelligence formelle, Sylvain Jouty signe ici un puissant roman sur les caprices de la mémoire et sur la manière dont l’homme se positionne sur la grille des représentations spatio- temporelles.
Jean-Rémi Barland, La Provence, dimanche 20 octobre 2002.

Une nouvelle Septimanie ?

Qui aurait pu penser, en lisant les pages de La mémoire panoramique, roman de Sylvain Jouty […] que nous serions plongés nous- mêmes dans les abîmes d’un voyage à rebours dans le temps des relativités, des prophéties et des visions, de la kabbale et des Éléments, de toute l’histoire de l’Histoire ? En un livre qui n’est même plus un roman, mais une sorte de somme […] à la manière de Du Bartas, Sylvain Jouty réinvente une nouvelle Babel qui, cette fois-ci, tenterait d’être intelligible, un mécanisme du monde qui prendrait en compte toutes ses données, des plus réalistes aux plus ésotériques […]
Chaque page de La mémoire panoramique, écrite dans un style faussement classique et en réalité souterrain et inquiétant, est un petit chef- d’œuvre d’érudition imaginative et combinatoire qui nous laisse fascinés et terrassés. Au bout de cette recherche, il n’y a finalement que le néant de l’Éternel Retour […] Belle leçon de théologie pascalienne sur la misère et la grandeur de l’homme et sur le mythe de Sisyphe qu’il incarne. Un roman qui nous fait chanceler dans l’inouï.
Joël Schmidt, Réforme n° 3004, 7-13 novembre 2002, p. 9.

À la recherche du centre perdu

Avec son septième livre, l’art du récit de Sylvain Jouty atteint des sommets[…] Dans ce feuilletage de fictions et de savoirs qui nous entraîne irrésistiblement, comme le font les grands romans « à histoires »[…], c’est une histoire de l’homme qui se raconte, en tout cas celle de sa quête de l’origine et de ses spéculations sur son destin. Celui de la fonction de la littérature. Jouty fait partie de ces écrivains pour qui, sans forcément mépriser l’introspection, les plaisirs de l’auto-fiction, les délices formalistes, la littérature doit se confronter elle aussi à ses origines, et se regarder non dans le miroir nombriliste de l’ego de l’auteur[…] mais dans celui d’un stock planétaire de récits, de personnages, de situations, et y tracer son chemin. Jouty, qui franchit avec ce livre une étape essentielle de son art de raconter, y arrive à merveille, car il relève ce défi en nous proposant de suivre des êtres de chair et de sang, émouvants, drôles ou pathétiques, qui vivent une aventure qui est, en somme, la nôtre.
Alain Nicolas, L’Humanité, 19 décembre 2002.

J’ai fait la connaissance de Sylvain Jouty grâce à Pierre Charmoz, qui nous avait présentés sur un stand du Salon de la Montagne, à Grenoble, en 1985. A l’époque, Sylvain était rédacteur en chef de la revue Alpinisme et Randonnée. Son premier roman, la Région massétérine (Denoël) m’avait « éveillé » mais je l’avais surtout lu comme un brillant exercice de style (il faudrait que je le relise). L’Odeur de l’altitude plaçait clairement l’auteur dans l’héritage de Daumal. Mais c’est La Mémoire panoramique qui m’a le plus surpris, par le foisonnement borgésien de l’érudition ; la quête, à travers les siècles, d’un paradis perdu (peut-être au cœur des Alpes), et les références à une mystérieuse secte messianique, le frankisme - dont je pensais qu’il avait inventé et l’histoire et les rites secrets, mais dont j’appris l’existence bien réelle (notamment, la sidérante vie de Moïse Dobruchka, conspirateur, franc-maçon et jacobin).

Pierre Laurendeau, « Les livres que j’aurais aimé éditer », Le Nouvel Attila, n°  5 à 7, p. 21, 2007.