Sylvain Jouty, retour à la page d’accueil
 
Groenland, 1976

L'Apostelens Tommelfinger (2 330 m) vu du camp de base. On va monter par le col à droite, puis derrière. La paroi a été remontée l'année précédente par l'expédition de Maurice Barrard, mais sans, sauf erreur, gagner le sommet principal (à vérifier).

Marceau regarde ce qui nous attend. Au fond la branche droite (est) du fjord Lindenow, long de soixante-dix kilomètres.

Benoît rit dans le mauvais temps.

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Yves installe le bivouac. La tente « Morin » a pour particularité d'avoir un toit perméable (l'eau rentre) et un tapis de sol en cuvette imperméable : pas difficile d'imaginer le résultat.

Apostelens Tommelfinger

Sur le sommet central : Marceau Agier, Benoît Renard, Yves Morin. Au fond, le premier sommet (par où on est arrivés), le fjord Lindenow ou Kangerlussuatsiaq, la banquise. Pas de polynie en vue (cf. « Jenny Hanniver » dans Queen Kong). Le fjord a pris le nom de Godske Lindenow († 1612), noble danois qui en 1606 tenta de retrouver les colonies vikings du Groenland, disparues depuis longtemps. En 1931, Knud Rasmussen a trouvé dans ce fjord désolé, aujourd'hui inhabité, les vestiges de plusieurs villages inuits.

Sur l'arête sommitale, avant le troisième sommet. Le glacier, derrière, c'est tout simplement l'extrémité la plus méridionale de l'inlandsis : ensuite, c'est parti pour 2 400 kilomètres de glace, vers le Nord, jusqu'au cap Morris Jesup, traversée faite en 1978, du 12 mai au 22 août, mais dans l'autre sens, par Naomi Uemura (1941-1984, † au Denali après la première ascension hivernale et solitaire du point culminant de l'Amérique du Nord).

Yves Morin inspecte notre embarquation. Plus beaucoup de place pour s'asseoir, et on est quatre là-dedans.

Le pack : on écarte les glaçons avec les piolets. C'est fragile, un canot pneumatique ! Les phoques nous regardent, curieux.

l'autre canot

L'autre canot, les copains (qui ont fait d'autres ascensions, sauf erreur Gérard Vellay, Bernard Clouet, J. Michaud, F. Pelatan – merci pour les précisions et rectifications). On sourit, mais c'est pas très drôle, et bientôt le vent va se lever et nous manquerons de nous noyer : les canots étaient sous l'eau, et le vent nous drossait contre un glacier vêlant dans la mer. Pas question de nager dans une eau à 0 °C, en vêtements et chaussures de montagne, et de toute façon je ne sais pas nager. Accostage très vaseux sur une moraine instable, bivouac trempés sans même monter les tentes, et plus beaucoup de vivres sauf citrons et fromage. On en sera cependant récompensé, cette nuit-là, par la vision sublime des aurores boréales.

Traversée du col au pied du Sermitsiaq Qáqâ (la… montagne du Col) vers le fjord Tasermiut, sur la côte ouest. Au fond l'Apostelens Tommelfinger et le fjord Lindenow que nous avons péniblement remonté, plusieurs fois bloqués par le vent. Marceau Agier à gauche, X à droite. Les deux canots sont dans les sacs, pas vraiment légers.

Retour à la « civilisation », après la descente du glacier Sermitsiaq puis du fjord Tasermiut (toujours en canot mais moins problématique : ni vent, ni pack, ni icebergs), ou Ketilsfjord, sur la côte ouest, et sa vie de cocagne : truites, cèpes, moules, airelles, cabillauds, jusqu'au camp de base des copains qui commencent à se demander ce qu'on devient (on devrait être là depuis une semaine). C'est l'un des fjords colonisés par les Vikings d'Éric le Rouge, avant que le Petit Âge glaciaire ne les en chasse (cf. Glaciers, mémoire de la planète) : il y existait même un monastère augustinien dans la vallée suivante. Derrière, l'Ulamertorssuaq, dont nous n'avons pas réussi l'ascension (enfin si, celle du sommet, mais pas de la magnifique paroi ici visible, aujourd'hui parcourue par des itinéraires de grande classe, la première par Marceau, Yves Payrau et Claude Vigier dès l'année suivante). Au fond à gauche, les parois du Nalumasortoq.