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Note liminaire : ayant une très mauvais mémoire chronologique, et n’ayant jamais tenu de journal (sinon d’idées), je ne garantis pas l’exactitude des dates.
Cf. aussi la page Photos.

1949, 30 juin. Naissance à Paris. Deux frères aînés, Florent (1946) et Alain (1943). Père ingénieur en chef des P.T.T. (X-Télécom), mère au foyer. Grands-parents paternels instituteurs, origines savoyarde côté Jouty et jurassienne côté maman, Motellier de son nom de jeune fille.
1955. Premier 3000 : la pointe de la Réchasse (Vanoise).
Début de l’escalade à Fontainebleau.
1960. Premier 4000, le Bishorn (4 153 m), en famille.
1961. Première ascension du mont Blanc avec mon père.
1964. Premières ascensions sans guide ni parents : traversée Charmoz-Grépon, éperon Migot au Chardonnet, voie Rébuffat à l’aiguille du Midi.
Études secondaires au lycée Rodin. Je m’intéresse à plein de choses, notamment la littérature, mais ce qui prime c’est l’escalade et la montagne. Tous les week-ends se passent à Fontainebleau. Au lycée, je suis nul en gymnastique, sauf une discipline, le grimper à la corde… Là, je bats tout le monde à plate coutûre. Le sport, la performance, la compétition, tout cela ne m’a jamais intéressé : l'alpinisme pour moi n'a jamais été un sport.
Le proviseur du lycée Rodin indique ceci sur mon carnet : « amateur. Ne travaille que dans les matières qui ont l’heur de lui plaire ». Ce brave homme avait raison, et je n’ai jamais guère travaillé, depuis, que dans ce qui avait l’heur de me plaire. Je sais aussi que c’est une grande chance d’avoir eu ce privilège.
1966. Lectures. Je découvre, émerveillé, Tlön, Uqbar, Orbis Tertius de Jorge-Luis Borges dans une revue de SF : on peut donc écrire comme ça !
1968. Je profite des événements de mai pour aller grimper à Bleau. Manifs ? Une ou deux, ça me déplaît, et plus encore les conversions brutales au gauchisme de gens qui jusqu’alors étaient à l'opposé. Et puis les gauchistes de mai, on voit ce qu’ils sont trop souvent devenus (pas tous, heureusement).
J’obtiens péniblement mon baccalauréat au repêchage de septembre, réputé le bac le plus facile du siècle.
Toussaint, expédition à la croix des Mées avec Patrice Bodin (1941-1994), Patrick Cordier (1946-1996), Claude Deck. La croix est atteinte, mais le mystère n’est pas résolu. La croix a également été rejointe peu après par Jean-Pierre Petit, qui a son idée (intéressante) sur la question… mais Jean-Pierre a retiré la page de son site.
Je passe la Jocker, alors côtée 6 h (aujourd'hui 6 c/7 a) au Bas-Cuvier (Fontainebleau), un des passages les plus durs et peut-être le plus respecté de la forêt, ouvert par Robert Paragot en 1953. Patrick, furieux que je franchisse un passage qui lui résiste (alors que, bien sûr, il passe plusieurs blocs où je cale, car je suis assez poltron et que j'ai peur de tomber), revient deux fois en semaine pour le gravir, puis s'en vante. Je comprends que je suis un peu différent, ce qui me culpabilisera longtemps : mon proviseur avait raison, je manque de motivation, je suis un dilletante-né – jusqu'en littérature, toujours un peu ailleurs, jamais complètement impliqué… Encore aujourd'hui j'ai parfois l'impression de n'être pas tout à fait concerné par ce qui m'advient. Bon.
1969. Études – toujours en dilletante, bien sûr – de chinois à Dauphine. Découverte du taoïsme. Forcément.
Je commence à dessiner.
Première ascension du pilier ouest des Gillardes (Dévoluy) avec Patrick Cordier : première première.
Première ascension et première hivernale de la face nord directe du col du Plan (massif du mont-Blanc) avec Patrick Cordier, les 27-29 décembre. Pied gelé. Hôpital à Chamonix (j’y passe le Réveillon), perfusions dans les artères fémorales. Je me souviens du récit apocalyptique que faisait de cette épreuve Maurice Herzog dans Annapurna premier huit-mille, mais en fait ce n’est pas très douloureux.
1970. « Guéri », je me retrouve à Paris avec une gangrène sèche au gros orteil gauche, tout noir et tout dur. Patrick retourne chercher nos skis au pied de la paroi et ne retrouve qu’un des miens, l’autre ayant été emporté par une avalanche. Cet autre ski sera découvert en 2009 sur le glacier des Pèlerins par Frédéric Gandelin  vers 2 300 mètres, sur l'itinéraire montant au refuge des Grands-Mulets : en quarante ans, il avait descendu 500 mètres. Une anecdote apprise trop tard pour la mentionner dans Glaciers, mémoire de la planète.
Interruption des études : je deviens correcteur et suis embauché à l’imprimerie Georges Lang. Je corrige notamment Point de vue Images du monde, c’est kitsch comme tout : mariages (endogamiques) de princesses et de P.-D.G.
Matin et soir, bain de pied au permanganate de potassium, pansement. Je grimpe avec un chauson au pied droit et une hivernale au pied gauche.
Première ascension du pilier Cordier aux Grands Charmoz, avec Gary Addison, Patrick Cordier, Thierry Fagard. En tête de la seconde cordée, je suis en chaussures hivernales, les autres en chaussons d’escalade.
Premières amours.
À l’automne, le sillon s’est creusé entre la chair vive et la partie morte : je vois mon os. Quelques jours plus tard, le bout d’orteil se détache.
1971. Démission de l’imprimerie Lang. Correcteur pour diverses maisons d’édition. Travail à mi-temps à la librairie des Alpes.
Premier livre (à oublier) : L’alpinisme, où et comment (De Vecchi).
Première ascension de l’éperon nord direct des Droites, avec Claude Deck. Le mauvais temps nous oblige à descendre après avoir rejoint l’itinéraire classique (éperon Tournier : Charles Authenac et Fernand Claret-Tournier, 1937), et un bivouac difficile.
1972. Je me présente au concours d’aspirant-guide. Excellente note « liste de courses », bonne note « escalade », mais après ça foire : je tombe à l’épreuve de glace, au glacier des Bossons, comme tout le monde d’ailleurs, mais moi je me foule la cheville. Résultat, impossible le jour suivant de suivre l’épreuve de marche, pour laquelle je m’étais entraîné. Donc, je ne serai jamais guide – je ne l’ai jamais regretté.
Je travaille aux éditions Atlas : rédaction de nombreux articles pour l'encyclopédie hebdomadaire La montagne, adaptation française de La Montagna publiée par l'Istutito Geografico De Agostini, ce qui me fait apprendre l'italien. Réédition mise à jour trois ans plus tard.
1974. Expédition dans l’Hindou Kouch (Afghanistan). J’achète mille francs une vieille 4L et passe mon permis (obtenu quelques jours avant le départ). Voyage jusqu’à Kaboul, tourisme en Iran au passage. On (c’est-à-dire Christine de Colombel, Christine Grosjean, Robert Wainer et moi) gravissons quelques sommets vierges et sans nom d’environ 6 500 m (on n’avait pas réglé l’altimètre), ascensions non répertoriées. Retour par la route, toujours la même 4L, qui l’année suivante traversera vaillamment l’Islande en affrontant ses gués difficiles.
Première ascension du Pilier face à la Mer avec Bernard Domenech († 2008), Pierre Louis, Robert Wainer, à la pointe 3 386 m sous la dent du Géant (première ascension du sommet : certainement l’un des derniers sommets vierges du massif du Mont-Blanc).
Première ascension de l'éperon nord du mont Mallet, avec Bernard Domenech. Bivouac au sommet, retour par les arêtes de Rochefort, sous l'orage et en très mauvaises conditions.
Premières tentatives d’écriture : nouvelles bizarres. Du mal à trouver « quelque chose » à raconter.
1976. Expédition au Groenland. Première ascension des trois sommets de l’Apostelens Tommelfinger (le Pouce de l'apôtre, 2 230 m) avec Marceau Agier, Benoît Renard, Yves Morin († en 1979 à la fin de la première descente à ski de l’Annapurna).
Pierre Pagani me propose de prendre la rédaction du magazine de montagne qu’il veut créer au sein du groupe de presse Michel Hommel. Du Groenland, je décline la proposition.
1978. Rédacteur au magazine Alpinisme et Randonnée : pour la première fois de ma vie, je suis salarié (à l’imprimerie Lang j’étais payé à l’heure).
1981. Parution de Bleau, la forêt de Fontainebleau et ses rochers (Acla).
1983. Après la mort de Jean-Jacques Ricouard à la descente du Kangchenjunga, troisième montagne du monde, dont il venait de réaliser la quatrième ascension avec Michel Parmentier († en 1988 à l’Everest), je deviens rédacteur en chef d’Alpinisme et Randonnée. J’en serai licencié en 1998.
Rencontre de Brigitte, médecin de l’expédition.
1984. Installation rue de Liège avec Brigitte, dans un grand appartement où elle pourra exercer son métier (psychiatre-psychanalyste).
1985. Ascension du mont Blanc par l’aiguille de Bionnassay avec Brigitte.
14 juillet : alors que je fais l’ascension de la voie Brioschi au mont Rose, Brigitte est victime d’un accident de moto sur l’île de Ré : amputation fémorale, appareillage, etc. Heureusement, elle avait choisi de travailler à la maison…
Envoi d’un recueil de nouvelles à divers éditeurs. Presque tous me répondent, mais négativement (bien qu’avec quelques éloges). Gil Ben Aych me conseille de transformer ces diverses histoires en roman : ce sera la région massétérine.
1986. On tente de continuer les activités sportives malgré le handicap. Le plus facile, c’est l’escalade.
1988. Naissance de Valère.
Parution de La région massétérine (Denoël), grâce à Alain Nadaud.
Mort de mon père.
1990 (à peu près). Jean-Luc Moreau me contacte pour participer aux activités du groupe Nouvelle Fiction. Je suis bien étonné d’intéresser d’autres écrivains.
1994. Parution de Dernières nouvelles de King Kong (Zulma), recueil collectif du groupe Nouvelle Fiction.
1995. Parution de La visite au tombeau de mes ancêtres (Titanic), grâce à Martina Wachendorff.
1996. Parution de Demain, les momies (Le Rocher), recueil collectif de la Nouvelle Fiction.
Parution de L’histoire de l’alpinisme (Arthaud) avec Roger Frison-Roche. Il s’agit en fait d’une mise à jour du tome II des Montagnes de la terre de Frison. Seconde édition et re-mise à jour en 2003.
1997. Parution de Les marchés sont fatigués (Stock).
Prix de la nouvelle de la SGDL pour La visite au tombeau de mes ancêtres.
1998. Licenciement. Je m’identifie à Joseph, le héros des Marchés sont fatigués (mais je ne deviens pas pour autant président de la République).
1999. Parution du Dictionnaire de la montagne (Arthaud), avec Hubert Odier.
Cooptation au conseil d’administration de la Société des gens de lettres. Élu l’année suivante, j’assume depuis le rôle de rapporteur général en rédigeant le compte rendu des séances du comité.
1999. Parution de L’odeur de l'altitude (Fayard).
2000. Parution de Voyages aux pays évanouis (Fayard).
Parution de Montagne, les grandes premières (Sélection du Reader’s Digest).
2000-2001. Stage de conception multimédia à l’IMCAD.
2001. Piges diverses (conception web, magazines, cédéroms, rédaction internet) jusque vers 2006. Je tiens toujours à jour quelques sites, dont celui de Joël Schmidt.
Claude Durand me commande le roman du Cervin, publié en 2003 (Fayard).
Prix Renaissance de la nouvelle pour Voyages aux pays évanouis.
Parution de Queen Kong (Fayard).
Parution de Le monde de Gaston Rébuffat (avec Françoise Pons-Rébuffat [† 2009], Libris).
2002. Parution de La mémoire panoramique (Fayard).
2003. Parution du roman du Cervin (Fayard).
Diplôme (le seul jamais obtenu à part le bac) niveau II de concepteur réalisateur multimédia-internet.
2005. Directeur éditorial du Dictionnaire encyclopédique des Alpes (Glénat). Plus jamais ça !
2006. Décès de ma mère.
Parution de Les mots de la montagne (Belin).
Prise de passion pour le vélo tout terrain : achat d’un Lapierre X-Control et première montée au Ventoux par les sentiers depuis Brantes.
2007. Parution de Celui qui vivait comme un rhinocéros (Fayard), ce qui m'a fait apprendre un peu de hongrois, et m'initier aux délices subtiles de l'orthographe tibétaine, sur les traces de mon héros, Alexandre Csoma de Kőrös (1784-1842).
2008. Mariage, « après vingt-cinq ans de réflexion » (en fait, vingt-sept).
2009. Le 30 juin j'ai soixante ans. Dès le premier juillet, je prends ma (petite) retraite de journaliste, ayant été au cours de ma carrière assez souvent payé en droits d'auteur. Je n'ai eu qu'à m'en féliciter vu ce qui se passe en 2010. Plus de piges nauséeuses ou idiotes à rechercher, je peux écrire quand je le veux... Le bonheur ? Pas tout à fait tout de même. Reste le vieillissement qui n'a rien d'agréable. Heureusement que Gilles Deleuze y a répondu dans son Abécédaire : lorsque Claire Parnet lui dit V comme vieillesse, il répond : Ben, c'est pas mal quand même. D'abord, on y est arrivé. » Eh oui, on en a tous connu, de gens qui ne sont pas arrivés jusque-là, surtout si on a fait de l'alpinisme. Vaut-il mieux mourir à trente ans, en pleine action, qu'à quatre-vingt-dix dans un état légumier ? La solution intermédiaire, c'est le suicide le moment venu, ce que Deleuze a eu le courage de faire.
--> Installation quasi-permanente au-dessus de Buis-les-Baronnies, à 666 m d’altitude (ce qui auraît plu à Aleister Crowley, cf. Alpinistes extraordinaires), face au Ventoux. Premier voisin à deux kilomètres.
Parution de Glaciers, mémoire de la planète (avec Sylvain Coutterand, Hoëbeke), du Dictionnaire de la montagne (avec Hubert Odier, Omnibus) et d’Alpinistes extraordinaires (Hoëbeke).
2010. Neige et froid 
Champollon, janvier 2010
2012. Création du sentier (privé) de la Biche, montant au sommet de La Nible (1200 m) à travers la forêt. J'en suis aussi fier que d'une nouvelle réussie… 2013. Parution de Refuges de montagne (Hoëbeke).